Bonsoir,
En entrant un peu plus en détail dans toute cette affaire, j'hésite un peu entre Kakfa, Ubu ou Dallas (merci d'ailleurs à cet excellent feuilleton américain puisqu'aujourd'hui quand on dit "c'est pire que Dallas", tout le monde comprend tout de suite. Allez dire, "c'est pire que Chateauvallon" ou "que Navarro" et tout le monde se demande où vous voulez en venir…)
Déjà, si j'étais votre véto (on va l'appeler Dr Daktari pour simplifier), j'irais quand même dire deux mots à mon cher confrère (appelons-le Dr Simpson), parce qu'au départ, il n'y a que quatre solutions :
1°) Ou il n'a reçu qu'un fax d'une ordonnance, sans rien d'autre, d'un véto qu'il ne connaissait pas, et il n'avait aucune raison de la considérer comme une commande, surtout datée de post-Mathusalem, et un simple coup de fil à son confrère aurait dû permettre d'élucider l'histoire, au lieu d'aller immédiatement "porter le pet" au Conseil de l'Ordre ;
2°) Ou alors, il était déjà convenu depuis longtemps entre le Dr Daktari et le Dr Simpson que quand le premier envoyait une ordonnance par fax au second, ce dernier devait le considérer comme une commande. Dans ce cas, même topo, pourquoi avoir, tout d'un coup, sauf à vouloir piéger le Dr Daktari, "porté le pet" au Conseil de l'Ordre ? ;
3°) Ou encore, l'ordonnance était accompagnée d'une page à en-tête du groupement/employeur spécifiant clairement qu'il s'agissait d'une commande
"en bonnet difforme". Signée par qui ? Là encore, un simple coup de fil aurait pu permettre d'élucider toute l'affaire. Sauf à ce que le Dr Daktari confirme et insiste lourdement pour être livré conformément à sa "commande". Auquel cas, bien sûr, la réaction du Dr Simpson pouvait se comprendre. Mais sinon ? ;
4°) Ou enfin, il était convenu
"depuis temps emportant prescription" (sic!) entre le Dr Daktari et le Dr Simpson que quand ce dernier recevait un bon de commande accompagné d'une ordonnance (puisque c'est plutôt comme ça qu'il faut interpréter ce genre d'envois) etc., etc., etc. Voir la fin de mon 2°).
D'ailleurs, la tierce personne dont on parle a, je suppose, bien admis qu'elle avait agi à l'insu du Dr Daktari et éventuellement confirmé par écrit, j'espère.
A partir de là, la situation du Dr Daktari vis-à-vis de la chambre de discipline, qui dans affaire ne paraît pas bien "futfute" non plus, semble assez simple. Le Dr Daktari ne peut pas être tenu pour personnellement responsable d'un cas isolé qui s'est passé à son insu et qui a pu résulter d'une erreur de son secrétariat, cette ordonnance pouvant avoir été faxée par erreur au docteur Simpson. A supposer même qu'il y ait eu "élément intentionnel" de la tierce personne, il n'est pas possible d'en faire endosser la responsabilité au docteur lui-même, alors qu'il affirme n'avoir pas été mis au courant et rien, dans le dossier, ne permettant de penser le contraire. A moins qu'on ait trace que ce genre de procédés était usuel dans ce groupement/employeur.
La "jurisprudence", puisqu'il faut bien l'appeler comme ça, Riaucourt est très claire sur ce point :
Citation :
Considérant
qu'en estimant que de tels faits, par leur répétition et leur caractère intentionnel, sont contraires à l'honneur et
que, dans la mesure où ils ont pour effet d'apporter indûment à la coopérative qui emploie M. A, un surplus de chiffre d'affaires, ils sont aussi contraires à la probité,
la chambre supérieure de discipline n'a pas entaché sa décision d'une erreur dans la qualification juridique des faits ;
"Leur répétition" et "leur caractère intentionnel". Traduction en clair : le Conseil d'Etat considère que la chambre supérieure de discipline ne justifie sa décision
que parce qu'il était patent que le docteur Riaucourt était coutumier du fait et agissait délibérément en connaissance de cause.
Il me semble que, dans votre cas, ces deux conditions (trois même : le surplus de chiffre d'affaires) sont loin d'être réunies.
Parallèlement, il me semble que ce n'est pas au Dr Daktari à porter plainte contre la tierce personne, mais plutôt son employeur.
Pour le reste, je suis un peu baba de cette affaire Riaucourt et, surtout, des suites qu'elle a entraînées, comme par exemple de comprendre ce que le Conseil d'Etat est venu faire dans cet affaire où l'Etat n'était pas impliqué, une chambre ou un conseil de discipline d'un ordre professionnel n'étant pas une émanation d'un organisme étatique - sauf erreur de ma part - mais on pourra peut-être en discuter par la suite.
Par exemple, les sanctions disciplinaires à l'encontre d'un avocat se contestent bien auprès d'une CA et de la Cour de cassation (encore deux cas récemment sous les yeux).
Par ailleurs, depuis quand le Conseil d'Etat est-il - directement - créateur de droit, alors que c'est ce qu'on lit dans tous les "commentaires autorisés" sur le sujet ?
Comme, par exemple :
Citation :
L'arrêt Riaucourt du Conseil d'État, daté du 24 janvier 2007, interdit l'exercice de…
Euh non, l'arrêt "n'interdit pas". Le Conseil d'Etat "n'interdit pas" non plus. Il ne fait qu'expliquer comment on doit lire correctement une combinaison de lois, votées par le Parlement depuis belle lurette, nuance… Et quand bien même toute une profession avait compris de travers ou ne s'était même jamais posé la question.
Le pire étant - selon moi - la note de service de la DGA. Proprement hallucinante.
J'aurais été le Dr Riaucourt, j'aurais été jusqu'à la CEDH muni de cette note…
Avec la quasi-certitude d'avoir gain de cause.
Au fait, certains textes de loi ont changé depuis cet arrêt, d'ailleurs très probablement à la suite de cet arrêt, il faudrait donc également replonger dedans.
Avec délices, amours et orques, puisqu'on est dans le domaine animal…
