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Le 14/12/2009 à 10:53
Intervenant


Inscrit : 19/05/06
Message(s) : 11083 
Bonjour,
Citation de Yn :


en gardant à l'esprit, au-delà de toute considération morale et généralité sur le sujet, que l'euthanasie permettrait à certaines familles de retrouver la paix en sachant que la personne malade ne souffre plus.

Justement, une chose est à peu près certaine, le législateur ne fera rien, même pour un motif louable, dans un but tourné vers la famille mais seulement et uniquement dans un but tourné vers la personne malade elle-même.
En matière d'euthanasie, s'occuper de la famille serait justement, de fil en aiguille, la porte ouverte à toutes les dérives.

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Paris, Le 14/12/2009 à 11:24
Intervenant


Inscrit : 08/11/08
Message(s) : 2136 
Citation de Camille :

En matière d'euthanasie, s'occuper de la famille serait justement, de fil en aiguille, la porte ouverte à toutes les dérives.

Dans cette optique, je suis d'accord que cela pourrait conduire à des abus, notamment si l'accord de la famille devient prépondérant. D'où mon idée de la "déclaration" où certains membres de la famille, mettons parents, frère et sœur ou enfants majeurs, se porteraient garant de l'accord donné par la personne, c'est-à-dire attester de la "validité" de l'engagement pris par la personne.

L'avis et le contre-avis des médecins permettraient de déclarer si oui ou non la personne, sous réserve qu'elle ait réalisé la déclaration que j'ai mentionnée supra, puisse être euthanasiée. Alors, forcément, il existe toujours un risque dans l'avis des médecins et l'erreur médicale ne peut jamais être totalement écartée, mais ces incertitudes pourraient être réduites de manière significative.

__________________________
« Je persiste et je signe ! »

Docteur en droit, Université Paris-1 Panthéon-Sorbonne.

Le 11/07/2010 à 21:03
Juriste intéressé


Inscrit : 11/07/10
Message(s) : 1 
OUI à l'aide au suicide, mais NON à l'euthanasie !

Au sujet de la différence entre l'euthanasie et l'aide au suicide, il faut distinguer entre les arguments juridiques, éthiques et religieux. On ne peut pas simplement affirmer sans nuance qu'il n'existe pas de différence entre les deux : dans un cas c'est le patient lui-même qui s'enlève la vie (aide au suicide) alors que dans l'autre c'est le médecin qui la retire. Il faut d'abord préciser sur quel terrain (juridique, éthique ou religieux) on tire notre argumentation. Si l'on se situe sur le terrain de l'éthique, on peut raisonnablement soutenir qu'il n'existe pas de différence. Cependant, si l'on se situe sur le terrain juridique, il existe toute une différence entre l'euthanasie (qualifié de meurtre au premier degré dont la peine minimale est l'emprisonnement à perpétuité) et l'aide au suicide (qui ne constitue pas un meurtre, ni un homicide et dont la peine maximale est de 14 ans d'emprisonnement). Dans le cas de l'aide au suicide, la cause de la mort est le suicide du patient et l'aide au suicide constitue d'une certaine manière une forme de complicité. Mais comme la tentative de suicide a été décriminalisée au Canada en 1972 (et en 1810 en France), cette complicité ne fait aucun sens, car il ne peut exister qu'une complicité que s'il existe une infraction principale. Or le suicide (ou tentative de suicide) n'est plus une infraction depuis 1972. Donc il ne peut logiquement y avoir de complicité au suicide. Cette infraction de l'aide au suicide est donc un non-sens.

En revanche, l'euthanasie volontaire est présentement considérée comme un meurtre au premier degré. Le médecin tue son patient (à sa demande) par compassion afin de soulager ses douleurs et souffrances. Il y a ici une transgression à l'un des principes éthiques et juridiques des plus fondamentaux à savoir l'interdiction de tuer ou de porter atteinte à la vie d'autrui. Nos sociétés démocratiques reposent sur le principe que nul ne peut retirer la vie à autrui. Le contrat social « a pour fin la conservation des contractants » et la protection de la vie a toujours fondé le tissu social. On a d'ailleurs aboli la peine de mort en 1976 (et en 1981 en France) ! Si l'euthanasie volontaire (à la demande du patient souffrant) peut, dans certaines circonstances, se justifier éthiquement, on ne peut, par raccourcit de l'esprit, conclure que l'euthanasie doit être légalisée ou décriminalisée. La légalisation ou la décriminalisation d'un acte exige la prise en compte des conséquences sociales que cette légalisation ou cette décriminalisation peut engendrer. Les indéniables risques d'abus (surtout pour les personnes faibles et vulnérables qui ne sont pas en mesure d'exprimer leur volonté) et les risques d'érosion de l'ethos social par la reconnaissance de cette pratique sont des facteurs qui doivent être pris en compte. Les risques de pente glissante de l'euthanasie volontaire (à la demande du patient apte) à l'euthanasie non volontaire (sans le consentement du patient inapte) ou involontaire (sans égard ou à l'encontre du consentement du patient apte) sont bien réels comme le confirme la Commission de réforme du droit au Canada qui affirme :

« Il existe, tout d'abord, un danger réel que la procédure mise au
point pour permettre de tuer ceux qui se sentent un fardeau pour
eux-mêmes, ne soit détournée progressivement de son but premier,
et ne serve aussi éventuellement à éliminer ceux qui sont un
fardeau pour les autres ou pour la société. C'est là l'argument dit du
doigt dans l'engrenage qui, pour être connu, n'en est pas moins
réel. Il existe aussi le danger que, dans bien des cas, le
consentement à l'euthanasie ne soit pas vraiment un acte
parfaitement libre et volontaire »

Eric Folot

Le 09/02/2015 à 16:28
Juriste intéressé


Inscrit : 09/02/15
Message(s) : 2 
nouvel etudiant en droit serait interesse de voir du point de vue juridique comment dans l'affaire humbert justement pour chaque partie quelserait votre plaidorie pour l'euthanasie ou contre et defendre le docteur et marie humbert ..a vous lire !

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