B- L’arrivée des premiers colons et le réveil français
Les flibustiers qui fréquentaient les isles avaient pour habitude de s’y approvisionner en eau potable… C’est de la rencontre de deux d’entre eux, aux alentours de 1623, que naquit, presque par hasard, la colonisation des terres quasi dépeuplées de leurs habitants. Le corsaire d’Esnambuc et le capitaine Warner, puisque c’est d’eux dont il s’agit, obtinrent de leurs rois respectifs permission et titres de s’installer à Saint Christophe.
Warner, nommé gouverneur de l’île et de celles avoisinant par le truchement du duc de Carlisle, jalousa quelque peu d’Esnambuc avec lequel Richelieu créa la Compagnie de Saint Christophe, première d’une longue série malmenée par les aléas coloniaux. Cependant, les colons eurent de telles difficultés lors de leur installation que les considérations « politiques », devrait-on dire, peuvent être tues pour l’instant : les quelques Caraïbes demeurant sur les lieux, armés de techniques plus rudimentaires, donc plus faibles, virent très mal leur désir de s’installer sur l’île et tentèrent de les repousser. L’Espagne les chassa pour un temps, la famine les menaça à de très nombreuses reprises… malgré tout, les colons tinrent bon. Mieux : ils prospérèrent tant et si bien que l’exemple décida les puissances, et notamment la France, à s’investir dans l’entreprise.
Il a été dit plus haut que l’inaction française avait pour origine les guerres… mais il faut également prendre en compte l’évolution des autres royaumes, ceux qui lors de la première impulsion colonisatrice n’avaient pu agir car trop faibles économiquement, militairement, diplomatiquement. La Hollande, l’Angleterre, se renforcent, comme la France. L’Angleterre a envoyé plus tôt ( en 1620 ) des colons puritains en Amérique sur le Mayflower, elle conquiert la Barbade, Monserrat, Antigua. La Hollande n’est pas en reste puisqu’elle dispose de Saint Eustache et d’Aruba. Et l’Espagne, aux prises avec les dissensions intestines, n’en demeure pas moins un adversaire dangereux et non négligeable. La France doit agir afin de ne pas se laisser distancer par les autres puissances, et elle en a à présent les moyens.
On est loin de l’amateurisme d’Esnambuc, de l’incertitude de Richelieu qui se laissa gagner à sa cause une dizaine d’années auparavant : les isles que l’on projette de coloniser sont connues, visitées, situées, leur potentiel de richesse jaugé… oui, on est loin des hésitantes tentatives lancées « quelque part entre les 10ème et 30èmes de latitude nord », là où n’était pas l’Espagne. La nouvelle Compagnie des isles d’Amérique ( anciennement compagnie de Saint Christophe ) est en effet réunie en 1635. Sous la décision de Richelieu, dont le pouvoir est à présent indiscuté, est élaboré le système de la compagnie… il s’agit d’un moyen d’intervention étatique, qu’Ellul définit de manière brève mais précise : « l’Etat invite des particuliers à réunir leurs capitaux dans une association. Cette association reçoit de l’Etat un statut et des avantages considérables ». Ces avantages lui confèrent la direction des terres occupées, la protection de la flotte royale, l’administration locale, l’exercice de la justice, l’exemption des taxes d’importations… Le principe est que la Compagnie agit en tant que suzeraine sur les colons, grande réminiscence des temps féodaux qui démontre que l’installation des institutions se fait de manière très progressive.
Il est question d’envoyer un navire en Guadeloupe, Martinique, ou Dominique, dans un territoire habitable, voir plusieurs : des commissions sont délivrées par la compagnie à Ms. Liénart de l’Olive et du Plessis dans le cas d’une double colonisation. Le contrat consiste à faire entrer sur la colonie 4 000 colons en vingt ans, femmes et enfants non compris, quatre prêtres, et construire un fort, en échange de quoi elle leur consacre un dixième des droits perçus ( selon Maurice Satineau, in Histoire de la Guadeloupe 1635-1789, cité par M. Abenon ).
L’expédition accoste en juin 1635, après un mois de navigation, et prend possession de l’île au nom du Roi de France – pour qui la colonisation résulte d’un curieux compromis avec Richelieu : si le dernier y voit avant tout un intérêt géostratégique ( l’occupation des îles empêche l’Espagne de s’y établir ) et commercial ( la France doit elle aussi bénéficier de comptoirs pour accroître sa puissance financière ), le souverain entend, lui, agir dans une mission évangélisatrice : carmes, capucins, jésuites, dominicains, doivent contrôler la colonisation, et occuperont un rôle plus grand encore le siècle suivant. Le premier pas est effectué. Les colons doivent à présent affronter la réalité de l’occupation, et c’est une expérience douloureuse qui se fait dans un climat de désorganisation administrative.
[u:1s4ltcrs]II- Les débuts difficiles de l’administration coloniale : entre mauvaise représentation royale et dissensions internes [/u:1s4ltcrs]
Les difficultés, pourrait-on dire de façon triviale, commencent dès l’accostage. Et pour cause : d’Esnambuc s’installe en Martinique dans le mois, refusant de travailler en bonne intelligence avec Liénart de l’Olive. D’autres conflits s’élèvent peu à peu, révélant une absence de préparation non sans relation avec les difficultés qu’a la royauté pour s’imposer à travers ses représentants. Le bilan apparaît alors plus que mitigé…
A- Des conflits internes aux prises avec les réalités de la colonie
Les colons se retrouvent scindés entre la Guadeloupe et la Martinique ( laquelle est essentiellement peuplée par un contingent militaire ). Toutefois la différence géographique ne les empêche pas de subir des avaries semblables et terribles : la faim, la guerre, l’épuisement, dus en grande partie à la mauvaise organisation de la Compagnie. La famine, tout d’abord, s’abat sur les nouveaux arrivants, et ceux-ci, peu accoutumés à la chair des ressources locales ( tortues, voire rats, chiens… ), sont victimes de maladies. Fort heureusement, ils sont aidés par les Caraïbes qui leur apportent fruits, légumes et viandes, officialisant des échanges « commerciaux » salvateurs ou faisant simplement actes de compassion. Mais très vite, les relations avec les autochtones se gâtent par le comportement sans appel de Liénart de l’Olive, homme autrement plus autoritaire et vindicatif que du Plessis : Liénart tente en effet de provoquer une guerre avec les Caraïbes, usant de violence, de ruse, et y parvient. Privée de l’apport de nourriture qui jusque là l’aidait à survivre, la colonie sombre dans une famine effrayante dont même les cuirs et les morts font les frais, les colons n’osant sortir du fort par crainte d’être tués. La Compagnie, loin de respecter ses engagements, n’approvisionne guère l’île ; en revanche elle y fait débarquer une centaine de nouveaux colons, malgré les protestations des dominicains. Tout au plus obtiennent-ils une concession.
La situation perdure jusqu’à la nomination de Longvilliers de Poincy en tant que gouverneur des isles d’Amérique : Liénart, anéanti, malade, ne peut conserver ses fonctions de gouverneur de la Guadeloupe. Nourriture et munitions sont envoyées à la colonie que Poincy considère comme la capitale des isles du Vent. Cela démontre encore une fois que les colons n’étaient absolument pas préparés aux réalités qu’ils trouveraient à leur arrivée : réalités alimentaires, agricoles ( les cultures sont avant tout vivrières avant de penser à l’exportation du pétun et à la canne )… réalités humaines : lors même que les colons appartenaient à des classes sociales différentes, ils étaient égaux dans la survie. Toujours très isolés de la Compagnie, épaulés par l’expérience réussie de Saint Christophe où réside par ailleurs le gouverneur des isles, les colons reprennent cependant espoir lorsqu’un gouverneur de la Guadeloupe leur est donné en la personne d’Aubert : preuve en est la paix conclue avec les Caraïbes émigrant vers la Dominique, vers 1641. Citons tout de même les conflits virulents provoqués par des colons opposés à Aubert, ce qui démontre l’amélioration de la qualité de vie par la possibilité de contester…
L’occupation peut enfin débuter sans que la survie soit la première obligation : peu à peu, de nouveaux colons débarquent dans l’île, originaires de la première colonie, mais aussi de France, ainsi qu’un groupe d’orphelines sous la direction d’une femme influente. A partir 1642 apparaissent les premiers linéaments réels de l’administration française en même temps que les premières habitations et leurs esclaves.
__________________________
Votre sujet a peut-être déjà été traité : avez-vous utilisé la fonction recherche ?
http://forum.juristudiant.com/search.php
*Membre de la BIFF*